Le Défouloir des Précaires - Lettres ouvertes

  

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Lettres ouvertes...

  

À nos chers “journalistes” II (Le Retour)

Cher Nouveau plan anti-chômage

À nos chers “journalistes”

Le plan Borloo

Chers “Tombés de haut”

Cours de math aux recalculés

  ► Nouveau

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Chers Journalistes II

E-mail reçu d'une autre responsable de presse de M le 16 08 2005 :  

                     (On appréciera particulièrement le titre du mail. Voyez le précédent “Casting” de M6 un peu plus bas)

“Casting” Capital

Bonjour à tous

Journaliste à Capital (M6), je cherche à entrer en contact avec des chômeurs heureux, qui ne culpabilisent pas de leur situation et nous expliquent leur philosophie et leur sentiment à l'égard d'un gouvernement qui compte durcir le contrôle des chômeurs...

Bien sûr, c'est urgent!

Dois-je mettre un message sur le forum ? Qu'en pensez-vous ?

Les initiateurs du site peuvent-ils me contacter pour qu'on discute et qu'on affine tout cela ?

A très bientôt,

Claire W...

Journaliste à Capital

clairew...@hotmail...

01.41.92.--.--

Réponse du Défouloir :

Tenaces et voraces...

Non mais c'est une plaisanterie ?! ou bien une idée fixe chez M6 et chez les journalistes...

Ci-joint la dernière Lettre Ouverte qu'on a adressée à une chasseresse (de plus) de “chômeurs heureux”, comme tu dis. Cette lettre est publiée dans notre rubrique “Lettres ouvertes” : ladite personne venait de Réservoir Prod (Delarue), Zone Interdite (M6).

Essaie au moins de lire cette lettre-là, puisque vous ne lisez strictement rien des sites que vous contactez, tant la question du chômage a l'air de vous préoccuper.

Vous nous emmerdez, avec votre vision du chômage heureux ! Vous faites la paranopropagande populiste de Sarkozy. C'est quoi, votre vision du chômage : un havre de plénitude et d'accomplissement de soi ?!

   

“Exclusivement”

Le Défouloir des Précaires  (ou Le Cauchemar des Journalistes)

  

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Le Nouvel Élan de la France, après « l’échec » du référendum  :

Cher Nouveau plan anti-chômage

Quel punch, tout d'un coup ! Même le physique du séducteur colle à la puissance du slogan. Le chômage solutionné et résorbé en 100 jours, grâce à des idées neuves, innovantes, volontaristes et justes... 

   Super.

 L'ANPE jubile : tout le monde va être convoqué. À l'Agence, l'employé modèle, utile et rentable, va pouvoir redemander son augmentation pour surcroît de travail et exiger enfin son statut de fonctionnaire. (Du coup, si vous pouviez vous mettre en grève, à l'ANPE, comme rien ne vous sera accordé... Hé! vous n'êtes pas encore flics attitrés. Alors pour vos 1000 balles d'augmentation par mois...)

   Trêve de bonne blague, permettez-nous quand même d'être un peu plus exaspérés chaque jour :

le chômage n' est qu' un symptôme et une conséquence : c'est la question du travail qu'il faut mettre sur la table ;

le traitement du chômage n'évoluera jamais tant que des nobles, des énarques, des bureaucrates, des sociologues et des journalistes s'octroieront le droit divin et exclusif d'en débattre, sans jamais l'avoir vécu et sans jamais donner la parole aux chômeurs, sinon en tant que témoins dégénérés. C'est aux chômeurs à parler du chômage et à proposer leurs solutions au chômage (ils en ont !), pas aux esclavagistes, aux juges et aux premiers profiteurs du système que sont les carriéristes politiques, les actionnaires et leurs milices.

le chômeur est une victime, pas un fautif et encore moins un responsable de son sort ;

le chômeur n'est pas un neuneu, il n'a pas à être convoqué : c'est à l'administration de faire en sorte que le chômeur ait envie de demander spontanément une entrevue et un suivi personnalisé ;

le chômage n'a jamais été le Club Med des pensionnés de la flemme : foutez-leur la paix, aux chômeurs, et occupez-vous de restaurer l'utilité et la rentabilité du travail et des diplômes !

   Permettez-nous aussi de ne pas être cons.

Quand on lutte contre le proxénétisme en tapant sur les prostituées et sur les clients, quand on lutte contre les demandes d'asile en fermant Sangatte et en jetant les réfugiés à la rue, quand on lutte contre la mendicité en l'interdisant, quand on lutte contre l'insécurité dans les banlieues en stigmatisant l'automobiliste devenu chauffard systématique digne d'un radar derrière chaque arbre uniquement là où c'est rentable, quand on passe son mandat ou sa nomination à saturer le public de son arrivisme politique pathologique, nous avons le droit de douter de vos méthodes, de votre bonne foi et de votre motivation en matière de baisse des chiffres du chômage.

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Chers Journalistes

E-mail reçu d'une responsable de presse de M le 31 03 2005 :

Bonjour,

Je suis réalisatrice et prépare en ce moment pour une émission sur M6, Zone Interdite, un reportage sur le thème "j'arrête de travailler". J'ai entendu parler de vous en passant par le site des "Chômeurs heureux". Je cherche le témoignage de personnes qui ont un vrai discours sur ce thème et prouver qu'il n'est pas nécessaire d'être millionnaire pour arrêter de bosser. Je souhaite comprendre comment vous vivez, les plans démerdes genre échange alternatif, les centres d'intérêts, le lien social, les réactions de l'entourage...

Si ce projet vous intéresse, merci de me contacter pour plus d'infos, par mail ou au :

01 53 .. .. ...

 

A BIENTÔT

Maud

Réponse du Défouloir :

Amertume, quand tu nous tiens...

Tu es la sixième depuis 18 mois à te présenter ici comme journaliste.

Les deux premières préparaient des articles sur les chômeurs heureux (VSD & revue économique), une autre étudie la mémoire des frappés du chômage pour France Inter, la suivante prépare une émission drôle sur le chômage pour France3 (je leur ai demandé à toutes si elles ne voulaient pas une fessée : elles ne m'ont plus contacté), et le dernier est un collègue à toi : David C. (11 janvier 2005. Lui, je ne lui ai pas proposé de fessée) !

Comme mes pairs sur le Net, je ne donne aucune suite à vos demandes parce que vous ne lisez rien du contenu de nos sites, parce que vous exploitez la déchéance pour assurer vos carrières, parce que vous donnez systématiquement une image dépréciée du chômeur, parce que vous servez l'ordure gouvernementale et sa politique d'exclusion et de débilisation de l'exclu. La caricature du rmiste parasite aux cernes d'ivrognes, un cheveux sur la langue et les autres en pétard, le QI dans les cartons et les restaus du cœur à portée de misère, ça suffit ! La parodie de l'exclu qui se démerde finalement très bien dans l'underground, aussi !

Permets-moi de te dire que vous commencez à nous gonfler avec vos sujets récurrents sur le chômage assimilé à la fuite, à la démission, au hamac ou au bonheur, et en l'occurrence à la marginalité assumée, voire choisie.

Votre émission sera perçue par les bien-pensants comme une preuve supplémentaire que les clodos ne font rien pour se "réintégrer" et tout pour s'accommoder de solutions alternatives. D'où, évidemment, l'inutilité de continuer à payer des cotisations pour entretenir ces gens qui ne veulent pas travailler et qui gèrent très bien leur sort tout seuls.

Le chômage n'est pas "normal". Il serait plus que temps de traiter, dans les média, certaines questions de fond qui n’arrangent personne mais qui donneraient au moins une chance de remettre quelques esprits sur les rails de la décence. On n'exclut pas de la table familiale l'un de ses enfants pendant que les autres s'empiffrent, en lui jetant des miettes et en le culpabilisant, fût-ce en lui reconnaissant le mérite de se démerder très bien ainsi.

Il y a aussi des exclus qui ont des doctorats, qui n'ont jamais admis leur marginalisation même s'ils s'en sont forcément accommodé et qui, derrière un sens de l'humour de façade, aimeraient mieux participer à des émissions-vérité sur ce qu'est devenu ce pays, ce système et cette société d'hystériques de l'égoïsme, de l'arrivisme, du profit à sens unique, de l'escroquerie politique, de la culpabilisation d'autrui, etc.

La dérision, dans Le Défouloir des Précaires, n'est rien d'autre qu'une arme pour éviter de se pendre. Il est vrai qu'on se marre pas mal sur notre site, mais c'est d'un rire jaune, surtout lorsque des journalistes nous contactent.

Malgré tout, si tu comptais piocher quelques idées sur notre Défouloir, tu peux : on est charitable chez les démerdards du chômdu, et comme on n'a accès qu'au bénévolat...

 

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Chers Plan Borloo

  

Ou les bonnes idées humanistes du gentil dans le Gouvernement Sarkozy :

Le plan de cohésion sociale de Jean-Louis Borloo (Jet-Setter reconverti) s’articule autour de trois axes : emploi, logement et égalité des chances. ( C'est le vaste chantier de la rentrée 2004, selon l'agence Reuter, et la promesse du siècle 2005 selon le Premier Ministre )

Commentaires sur les meilleurs points :

« La mesure, de loin la plus coûteuse avec plus d’un milliard d’euros de crédits par an, est destinée aux allocataires des minima sociaux et gérée par les communes, avec une formation obligatoire. »

On sait bien qu’il n’y a jamais eu autant de gens “formés” et (hautement) diplômés au chômage, mais... il y a quand même encore des fumistes de chômeurs, souvent jeunes, qui n’ont aucune formation parce que ce sont des fumistes (et non pas parce que l’éducation nationale et la gestion politique sont une vaste fumisterie). Alors, oui ! continuons de plus belle : formons obligatoirement les chômeurs au chômage pour avoir les chômeurs les mieux formés de l’histoire du chômage !

« Pour instaurer un “nouveau contrat avec les demandeurs d’emploi”, 300 “maisons de l’emploi” seront créées, afin d’assurer un suivi personnalisé des chômeurs qui, en contrepartie, seront “tenus à la recherche assidue d’un travail et à une participation active au programme de formation”. »

Y’en avait pas assez, des “contrats” (TUC, CES, PLOUC...), et d’ailleurs, ils étaient même pas bons. On va en refaire des nouveaux qui sont mieux ! Même que le “suivi personnalisé” qui existait déjà, eh, té ! il était pas bon non plus : on le refait aussi. D’ailleurs, c’est bien de le rappeler, s’il y a 5 millions de chômeurs (si, si, ils y sont), c’est parce qu’il y a 5 millions d’offres d’emplois que les chômeurs, ces putains de fainéants, refusent obstinément d’honorer ! Tu vas voir comment on va te les obliger à retourner les chercher, nous, ces 5 millions d’offres d’emploi en or qui existent, non mais, fainéants, va ! Et vous avez intérêt à vous former en même temps, puisque la recherche assidue d’emploi, c’est pas un boulot à plein temps.

« “Pour crédibiliser ce dispositif, des sanctions justes et graduées pourront être prononcées, après une procédure contradictoire, en lieu et place du tout ou rien actuel”, la “responsabilité finale” en incombant à l’État. »

Ouaih ! Ouaih ! On va les sanctionner avec une procédure contradictoire devant les Tribunaux Populaires de l’ANPE, à tous ces salauds qui veulent même pas occuper des boulots de merde payés des miettes ! On leur donne rien, et ils veulent tout ?! Tu vas voir un peu ! Heureusement, tiens, que la responsabilité finale des sanctions incombera à l’État ! Sinon, qui c’est qui va faire la loi, ici ! Les chômeurs ?!

« La suppression du monopole de placement de l’ANPE est prévue dans ce cadre, qui pourrait voir aussi ressurgir le “contrat de mission”, sorte de CDD de longue durée chère au Medef. »

C’est vrai, quoi ! Y’a pas de raison que l’ANPE seule détienne le monopole de placement des chômeurs vers des stages bidons, des contrats à la con et des escroqueries à l’emploi ! Pourquoi toutes les agences intérim n’auraient pas le droit, elles aussi, d’escroquer le monde ? Enfin... de l’escroquer un peu plus ?

Quant au “contrat de mission”, le CDD à durée indéterminée, mille dieux ! Il était grand temps, qu’on reconnaisse au patronat, tellement il est philanthrope ces temps-ci, ce droit canon (qu’il était d’ailleurs obligé de s’octroyer depuis belle lurette par quelques détours) de piocher et vider n’importe qui, n’importe quand, sans avoir de compte à rendre !

Vive le plan de Jean-Louis Borloo ! ( le Gentil berger du gouvernement des Loups )

 

 

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Chers “Tombés de haut”

  

Daniel Mermet les sort de l’ombre :

Son émission éclectique “Là-bas si j’y suis”, pour l’instant toujours diffusée sur France Inter du lundi au vendredi à 17h, a donné la parole à ces spécimens que l’on peut judicieusement baptiser les “Tombés de haut” ou bien, de façon moins ironique, les nouveaux exclus (vous l’avez remarqué vous-aussi, il y a de plus en plus de substantifs frappés du sceau adjectival “nouveau”).

Qui sont-ils ?

Des gens qui gagnaient beaucoup d’argent, de 5000 à 25000 euros/mois, anciennement persuadés que le travail et le mérite paient, que la raison d’être des syndicats n’est qu’une névrose sociale du foutage de merde, que les chômeurs sont des fainéants, que les pauvres sont des parasites et qu’il est normal que ces parasites soient tatoués du statut de “citron à mon service”.

Plusieurs émissions de Mermet leur ont été consacrées, dont :

– Tombés de haut (28 & 29 janvier 2004)

– Yves, cœur de cible (25 & 26 mars 2004)

– Autour des recalculés (27 avril 2004)

 

On y entend notamment les témoignages des martyrs suivants (extraits) :

– Chantal, 50 ans, ex Directrice de collection dans la haute couture, 42 kF brut/mois, rmiste après 2 ans d’inactivité suite à vidage : « Je descendrai dans la rue [...] On vient à tout par révolte [...] Il faut que ce soit juste, un peu juste [...] C’est difficile de faire comprendre à des gens qui ont un emploi à l’heure actuelle que tout cela peut leur arriver demain [...] J’ai voté pour ce parti actuel, autour de moi aussi [...] Je ne voterai, et je le dis aujourd’hui, plus jamais droite. »

– Yves, 48 ans, DESS de Gestion, Master de Logistique Industrielle, Master Finance, ancien Directeur du Développement dans un conglomérat de 290.000 personnes, 13300 euros brut/mois, rmiste après 2 ans d’inactivité suite à démission pour divergences de vue : « Cette libéralisation s’exerce à tous les niveaux, je trouve ça assez tragique [...] Aujourd’hui la tâche [de l’ANPE] pressée par le Medef, c’est de mettre des gens qui sont au chômage, même si ça n’a rien à voir avec leur qualification professionnelle et leur expérience, dans des métiers qu’il faut combler [...] Même si à 50 ans il faut manier du béton, c’est ou ça ou la rue, il n’y a pas d’autre alternative, en tout cas ce gouvernement essaie de faire croire qu’il n’y en a pas d’autre [...] Forcément, vous ne pouvez pas dissocier vos choix politiques de ce que vous vivez au quotidien »

– Corinne, 36 ans, ex Cadre Commerciale, 60 kF/mois, recalculée, future rmiste suite à vidage : « déjà, socialement, par rapport à votre entourage, on n’est déjà plus reconnu de la même façon. Même si vos amis vous respectent et vous aident et vous soutiennent, en même temps on sent bien qu’effectivement, à un moment donné, on n’est plus sur la même longueur d’onde [...] On est confronté au jugement des gens [...] Moi j’ai toujours voté droite [...] plutôt Chirac avec une tendance Sarkozy [...] J’ai toujours eu le sentiment que les gens profitaient du système, que les gens ne se battaient pas [...] C’est qu’une bande de fainéants qui veulent pas se dépatouiller [...] En tous les cas, je ne crois plus en ce discours, ça c’est sûr [...] Y’en a beaucoup qui étaient dans ma situation et qui ont effectivement voté gauche, aussi, aux dernières élections. »

– Véronique, 41 ans, Responsable de Services Généraux, 20 kF/mois, recalculée, future rmiste suite à vidage : « Les chômeurs, s’ils apparaissent même plus dans les statistiques, il faut quand même qu’ils apparaissent quelque part, donc dans la rue, puisqu’on n’a plus que ça, puisqu’on n’a plus que ça. »

 

Chers “Tombés de haut”

 

C’est trop tard !

Le repentir du bourreau à œillères après trente ans de carrière, pile lorsqu’il se trouve à la place de l’innocent condamné, ça ne marche pas.

Vous pouvez crever la gueule ouverte : même s’il reste quelques dinosaures de l’absolution, personne n’est dupe de votre discours. Comme tous les procureurs-nés, imbus de vos convictions élitistes et persuadés de votre préexcellence, vous revoterez pour l’idéologie la plus hypocrite et la plus ignoble dès que le vent aura tourné à nouveau pour vous parce qu’il est normal, malgré quelque passage accidentel en bas, que votre haute personne ressorte du lot et que d’autres, ceux qui n’ont pas vos qualités, les fainéants-nés, les utopistes de l’équité, demeurent en bas.

La vie est injuste, n’est-ce pas ? Et les autres sont sans pitié ? Eh oui, c’est bien ce que nous nous disons tous les jours, nous, les condamnés à vie, étiquetés de naissance... Eh bien, sachez-le : que vous vous trouviez tout d’un coup, provisoirement ou non, dans la merde que vous avez grassement contribué à créer, celle-là même que vous nous léguez avec force conviction de candeur, ça nous fait bien plaisir !!!

Nous vous souhaitons d’en profiter aussi longuement que nous.

 

 

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Spéciale 1er mai 2004 :

 

Cours de math aux recalculés

Le texte ci-dessous a été rédigé avant le retrait de la loi (retrait provisoire, ne vous faites aucune illusion : ça reviendra sous une autre forme). Depuis, tous les recalculés plaignants ont été déboutés en appel. Ce qui confirme bien la justesse de notre point de vue : les procédures, surtout individuelles, c'est de la merde !  

  

L’affaire des recalculés.

 

Tout d’abord, rendons un petit hommage à ce groupuscule de syndicalistes qui font... quelque chose, plutôt que rien.

 

Cela dit, prenons un peu de recul.

 

En 98, lorsque le mouvement spontané de quelques chômeurs anonymes fauchés a ébranlé la République et manqué de faire boule de neige sur l’Europe entière, qu’a-t-on obtenu ?

Une prime de 1000 balles à Noël !

La CGT, qui avait alors récupéré ce mouvement en marche (alors que d’autres syndicats semblaient outrés de ne pas en être les bénéficiaires et l’ont boycotté), lui a donné une assise revendicatrice juridiquement fondée : augmentation des minima oubliés, avec en prime, La prime ! 1000 balles à Noël.

Bravo, du jamais vu ! La requête fut acceptée (même si ce ne fut pas sous forme de droit, mais seulement en tant que tolérance aléatoire pour la prime, et sans indexation obligatoire et régulière pour les minima dont le relèvement reste à la discrétion des dirigeants).

Notons que l’aspect saugrenu de voir des chômeurs réclamer de l’argent plutôt que du travail, remarque soulevée du bout des lèvres par Martine Aubry, alors Ministre concernée, porta le déjà célèbre M. Hoareau (CGT chômeurs Marseille) à répondre fort judicieusement :

« si on avait du travail, on ne réclamerait pas de l’argent. »

Bien.

Ce concept, qui n’était pas de lui mais il a eu raison de le formuler, a d’ailleurs fait son petit chemin puisque de nouvelles théories économiques et sociologiques font débat depuis plus de 15 ans sur ce principe nouveau :

« à chômage incompressible, salariat de tous les citoyens ! »

(même notre héroïne biblique, Christine Boutin, a récemment remis au Premier Ministre, en grande pompe médiatique, un rapport préconisant une pension de 300 euros mensuels versés à vie pour tout Français dès sa naissance, rapport qui a sans doute vite pris le chemin de la fabrique de confettis du Ministère)

 

Soit.

La prime de 1000 balles a été accordée, l’augmentation de quelques centimes régularisée, et le mouvement s’est... arrêté.

La République fut donc sauve.

Quant à l’Europe, elle est restée sur sa faim. Les chômeurs sont toujours chômeurs et, semble-t-il, à peine un peu moins fauchés à Noël. Leur nombre n’a pourtant été qu’en croissant depuis ces 6 fameuses dernières années ( les années Prime ! ), comme d’ailleurs depuis 30 ans, mais... Non. Rien. Tout est rentré dans le bon ordre. La victoire a été belle.

 

Que croit-on obtenir de plus avec l’histoire des recalculés ?

 

Que les chômeurs soient traités comme des demeurés, ça ne date certainement pas de l’équipe Raffarin, même si ça ce voit beaucoup mieux maintenant.

Le fameux PARE promettait donc, à certains, une dizaine de mois d’indemnisation pour un contrat bidon qui leur passe maintenant sous le nez. Rassurons-nous, on va sans doute les leur rendre, ces quelques mois d’indemnisation, à la suite de batailles procédurières. Toutefois, y’a quand même un petit truc qui (me) chagrine : c’est qu’il faudrait considérer cela comme une grande victoire syndicale, une étape forte des “acquis sociaux”, voire une grande avancée socio-humaniste !

 

Mes chers recalculés,

 

Dans 7 ou 10 mois, vous serez toujours chômeurs, à zéro, et votre grande victoire n’aura donné lieu, comme pour l’affaire de 98, qu’à de longues et lentes années de décadence et de dégradations pour tous les autres, et certainement à une aggravation de la paranoïa des relations employeurs/employables. Le nombre croissant de procédures sur des “petites” (osons le dire) questions de forme, va refroidir de plus en plus les rares signataires de contrats d’embauche autant qu’il va booster la haine égocentrique de la bande à Seillières ! En outre, derrière votre recalcul gagnant, ça continue à licencier sournoisement à tour de bras, mais là n’est pas votre combat, n’est-ce pas ?

Est-ce à dire qu’il ne faut rien faire et se laisser humilier par une clique croissante d’escrocs issus de l’ENA ou de politologues du bras d’honneur ?

Certainement pas.

Bien au contraire, il FAUT se défendre.

Mais pas sur des questions procédurières individualisées où chacun ne s’occupe que de son petit privilège : « si tu portes plainte, si tu as un bon avocat, si le juge est bien disposé et si tu adhères à mon syndicat, peut-être que tu obtiendras quelque chose pour toi, sinon tant pis pour toi ! ».

De telles petites affaires ne devraient servir que de tremplin à une revendication de fond.

 

Ce sont les véritables questions de fond, de Société, d’intérêt commun, de Civilisation, qu’il serait grand temps de porter sur la place publique, à une période où l’Europe prétend se construire.

 

Une Instance, d’abord nationale, au moins européenne et à terme mondiale (c’est-à-dire sans Parti), doit être pensée dès maintenant pour réguler cette hystérie du profit à sens unique qui jette tant de gens dans la déchéance depuis beaucoup trop longtemps.

Les principaux et quasi uniques responsables de cette régression moderne sont les Actionnaires (voir notre définition du bébé dans le Lexique), suivis de leurs exécutants : c’est de ceux-là qu’il faut exiger un recalcul.

 

Tous ces petits débats de procédures, individualisées ou applicables à une caste, ne semblent qu’entretenir la logique motrice d’un système en décadence, celle du « moi d’abord et moi maintenant ! » Les recalculés, déjà dépendants d’un statut transitoire minable, ne sont pas représentatifs de l’ensemble des chômeurs et exclus, et ne calculent qu’à très court terme, pour leur petit cas et leurs petits privilèges, exactement comme les enseignants, les intermittents, etc.

 

On est bien loin d’une grande victoire de société.

 

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